
Plus d’un an après la chute du régime de Bachar el-Assad, la situation des chrétiens en Syrie reste préoccupante. Avant toute chose, ils partagent avec l’ensemble des Syriens des conditions de vie difficiles dans un pays ruiné où 90% de la population vit sous le seuil de pauvreté.
Le quotidien est rythmé par le souci d’assurer ses besoins essentiels : la sécurité alimentaire, l’accès aux soins médicaux, un logement décent… Les pénuries en électricité et en carburant impactent chaque foyer mais aussi l’économie globale dont on espère le relèvement avec la levée progressive des sanctions internationales. Pour l’instant la misère sociale reste lourde dans un contexte où se conjuguent inflation, économie informelle, absences d’opportunités, faiblesse des revenus. À la situation économique et sociale désastreuse s’ajoute la dimension sécuritaire. Les forces de sécurité de la dictature Assad ont laissé la place à celles du nouveau régime qui sont moins importantes en nombre et dont certains éléments restent composés d’islamistes radicaux. La criminalité liée à la misère est grande mais des violences émanant de groupes fanatiques musulmans ont également lieu envers des personnes issues d’autres communautés. Selon les endroits, les chrétiens ressentent fortement cette menace et se questionnent avec inquiétude sur la place qui leur sera réservée, en termes de droits et de liberté, par le nouveau pouvoir islamiste. Il faut comprendre que ce nouveau régime, dirigé par l’ex-djihadiste Ahmed Al-Charra, correspond, d’un point de vue religieux, à la grande majorité de la population qui est de confession musulmane sunnite et plutôt conservatrice. Au niveau du discours officiel ce pouvoir assure vouloir respecter les droits de toutes les composantes religieuses et ethniques de la Syrie. Le président syrien a ainsi rencontré les responsables des diverses Églises et il sait que cette question est suivie attentivement par les puissances occidentales. Pour autant, ces derniers mois, des combats armés et de terribles massacres contre des civils ont visé des populations minoritaires (Alaouites, Druzes et Kurdes) qui pouvaient représenter un frein à l’autorité du nouveau pouvoir et à sa volonté d’assurer sa pleine souveraineté sur l’ensemble du pays. Dans le cas des Alaouites et des Druzes, considérés comme hérétiques par les musulmans les plus extrémistes, les dimensions religieuses et politiques se sont entremêlées et ont dégénéré en bains de sang. Des chrétiens présents dans les régions concernées ont également souffert de ces exactions.
Guérir la violence
Il faut préciser qu’en raison de leur faible nombre, de leur absence de milice et de leur dispersion dans l’ensemble du pays, les chrétiens ne représentent pas de danger politique pour le pouvoir d’Ahmed Al-Charra et qu’ils n’ont pas été spécifiquement visés lors de ces événements. En revanche, les chrétiens ont été extrêmement choqués par un attentat suicide fomenté par un groupe extrémiste dans une église de Damas, en juin 2025. Beaucoup de chrétiens ont perçu ce crime inédit comme un message leur signifiant qu’ils n’étaient plus acceptés dans leur propre pays ! De fait beaucoup de jeunes adultes sont tentés par le départ en exil à l’image de tous ceux qui sont partis à l’étranger depuis 2011, soit environ 80 % de la population chrétienne ! Cette perte est un appauvrissement considérable pour les Églises mais aussi pour l’ensemble de la société syrienne, pour sa richesse culturelle et sociale. La Syrie fut un des berceaux du christianisme et les Églises y ont toujours joué un rôle important par leurs œuvres sociales, éducatives et médicales. Face à tous ces défis les pasteurs et responsables laïcs sont impressionnants dans leur volonté de persévérer au service de leur communauté et de l’ensemble de la société. De nouvelles actions d’entraide à caractère social et médical sont mises en place, pour incarner l’amour du prochain mais aussi pour participer à la guérison de la violence qui marque tant le corps social. De nombreuses initiatives touchent aussi les enfants et les jeunes pour les aider à grandir et à se construire. Les Églises souhaitent réellement participer à la restauration du pays tout en étant pleinement reconnues au sein de la nation. Comme l’expriment les pasteurs syriens, « quel que soit le futur, c’est ici et maintenant que le Christ nous appelle à être sel de la terre et lumière du monde, en donnant de soi pour le bien de tous ».
Mathieu Busch,
pasteur et directeur de l’Action chrétienne en Orient
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