
Le 16 mai prochain l’Antenne inclusive de Strasbourg qui accueille les personnes LGBTQ+ dans l’église Saint-Guillaume pour des temps de prière, des débats, des ateliers…, célébrera la journée mondiale contre l’homophobie, la transphobie et la biphobie (Idahobit). Un moment pour faire communauté et penser aux victimes.
« Jésus a ouvert nos cœurs, Alléluia, nos placards pleins de poussière, Alléluia. Et, du parvis de nos cœurs, Alléluia, portons nos fiertés sans peur, Alléluia ! » Sur un air de piano, l’hymne de l’Antenne inclusive de Strasbourg annonce la couleur, arc-enciel, de la structure crée en 2013 en réaction à la Manif pour tous. « À chaque fois qu’on le chante, je suis toujours un peu ému », témoigne Eden Dietrich, référent de l’Antenne inclusive. Affiliée à la paroisse Saint-Guillaume dont elle intègre le conseil presbytéral en 2016, l’Antenne propose un espace où les personnes LGBTQ+ peuvent exprimer leur spiritualité, qu’elle soit chrétienne ou non. « C’est important de proposer des moments pour vivre sa foi dans un endroit sécurisé et sécurisant, avec d’autres personnes qui partagent nos expériences de vie. »
Si depuis 2013, les pratiques ont évolué vers plus d’inclusion dans le cadre luthéro-réformé, vivre sa foi reste difficile, voire impossible, pour de nombreuses personnes LGBTQ+ chrétiennes. « Dans les événements de l’Antenne, beaucoup viennent de milieux évangéliques et catholiques », explique Eden Dietrich. Du côté de l’Union des Églises protestantes d'Alsace et de Lorraine (Uepal), le référent n’observe pas de queerphobie assumée dans la plupart des paroisses, mais constate qu’un manque d’informations demeure. « À l’Antenne, je suis sûr que les personnes sont bienveillantes, témoigne Gabriel* qui fréquente la structure. Dans d’autres paroisses, je n’aurais pas la certitude d’être accepté si je viens maquillé, si je dis que je suis bisexuel, non binaire, etc. » Eden Dietrich reconnaît également avoir cessé de fréquenter d’autres paroisses, « la société n’est déjà pas super facile, on n’a pas forcément envie de subir ça quand on va à l’église. »
« Chrétien, enfant de Dieu·e et queer »
Depuis 2005, le 17 mai est la journée mondiale contre l’homophobie, la transphobie et la biphobie, Idahobit en anglais. Elle commémore la décision de l’Organisation mondiale de la Santé de ne plus considérer l’homosexualité comme une maladie en 1990. Cette année, l’Antenne inclusive la célébrera à Saint-Guillaume le samedi 16 mai. « Il y aura un temps de prière pour se réunir entre personnes queers et penser à toutes les personnes qui sont victimes de queerphobie », détaille Eden Dietrich. Pour l’Antenne inclusive, c’est un des temps fort de l’année. « C’est vraiment un moment important, explique Gabriel. Avoir une célébration où on se sent vraiment à sa place, au centre du sujet et considéré comme une personne croyante, en tant que telle, c’est vraiment précieux. » Un atelier d’écriture de chants chrétiens inclusifs sera également proposé aux personnes participantes. « Lors de nos célébrations, on utilise des chants traditionnels, mais on a parfois du mal à se retrouver dedans, explique Eden Dietrich. On a décidé de proposer cet atelier d’écriture pour que les personnes soient aussi actrices en créant des chants qui vont parler d’être à la fois chrétien, enfant de Dieu·e et queer. »
La célébration de cette année se fera dans un contexte d’attaque contre les droits des personnes LGBTQ+ dans le monde entier. « Aux États-Unis, le Lemkin Institute alerte sur les premiers signes d’un génocide des personnes trans, explique Eden Dietrich. Avec la montée de l’extrême droite en Europe, au sein de la communauté queer, on est quand même assez anxieux. Cette veillée, ça sera l’occasion de prier pour ça et de se retrouver entre personnes safe. » Si le référent de l’Antenne indique se sentir en sécurité à Saint-Guillaume, le risque d’une agression reste présent dans son esprit. Certains événements ne sont d’ailleurs pas rendus public pour éviter d’attirer des personnes malveillantes. « J’espère aussi que pouvoir écrire les chants et s’exprimer, ça sera une manière de s’empouvoirer et de reprendre un peu de maîtrise sur les choses. Parce que c’est vrai qu’on se sent impuissants. »
Adrien Labit,
journaliste
* Le prénom a été changé