Faut-il détruire pour construire ?

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« Voici : je fais toutes choses nouvelles ! »

Apocalypse 21, verset 5

 

Une question, un passage biblique, trois points de vue


Le coin du philosophe (dialogue entre Philon et Socrate)
Par Olivier Peterschmitt, philosophe

Philon : On ne fait pas d’omelette sans casser des oeufs. Impossible de goûter à des choses délicieuses sans briser l’ordre existant. Ainsi faut-il détruire les montagnes et souiller les cours d’eau pour construire des objets technologiques ; détruire la terre pour conquérir l’espace et consommer ses ressources ; détruire le monde de la vie, pour édifier le monde des hommes ; détruire la crédulité pour construire la croyance ; détruire les privilèges pour faire exister l’égalité. Marx n’hésitait pas à dire que la violence est l’accoucheuse de l’histoire. Il s’en remettait à son déchaînement providentiel, persuadé qu’au bout du compte elle ferait naître un monde humain réconcilié avec luimême.

Socrate : La fin justifie-t-elle les moyens ? Une fin non-violente peut-elle être atteinte par la violence ? La fragilité du réel nous apparaît plus grande de jour en jour. En particulier le monde de la vie qui semblait si robuste et inaltérable, capable d’encaisser tous nos désirs, se révèle comme susceptible d’être détruit à jamais. Celui qui scie la branche sur laquelle il est assis connaîtra la chute, malgré son intention d’en faire un usage. On ne peut planter sur un sol désertifié, construire sur l’eau, rendre l’incendie habitable. La religion a pu nous faire croire en une Apocalypse qui conduit du chaos au royaume de Dieu, cautionnant une espérance insensée qui gomme l’horreur de la perte par l’assurance du gain. Tous ces calculs de dupe sont de la superstition.

Philon : À force de dramatiser on porte atteinte à la liberté humaine de s’inventer un monde à la mesure de ses désirs. Il ne faut pas être trop conservateur et timide. Bien des inventions culturelles ont exigé l’audace de mettre à bas les édifices anciens. Ce n’est pas Dieu, c’est nous qui faisons toutes choses nouvelles. Rien n’empêche de le faire avec précaution, en sachant viser la juste mesure. Il aura fallu surmonter la dépendance millénaire à un ordre des dieux pour prendre conscience de notre vocation à être de libres créateurs.

Socrate : Les processus que nous avons créés nous échappent. L’humain se flatte d’oeuvres qui le rendent obsolète et impuissant. Il a construit des machines qui le détruisent et défont le monde. Malgré cela il appartient à chacun de se réformer et de lutter avec courage contre son égoïsme et sa lâcheté. Pour réparer un monde abîmé que chacun s’exerce à croire en sa vocation éthique, à aimer la vie finie, à changer de mode de vie. En fortifiant son âme, en se souciant de justice il sera un ange providentiel qui dit : voici, je fais certaines choses nouvelles !

 

Le coin du psy
Par Sébastien Dupont, psychologue, thérapeute de couple et de famille

Le verset de l’Apocalypse et la question posée permettent d’évoquer deux illusions psychologiques auxquelles nous risquons tous de céder : l’illusion de pouvoir faire fi du passé et celle de ne rien perdre. Même lorsque nous nous engageons dans des projets nouveaux (une nouvelle relation, une nouvelle passion, une reconversion professionnelle), nous le faisons toujours avec ce que nous sommes et ce que nous avons été. Lorsque nous éprouvons un besoin impérieux de renouveau, il est tentant de vouloir « rompre » avec l’existant : faire notre propre « révolution » – comme le proposent certains livres de développement personnel –, faire « table rase » du passé… Mais il s’agit généralement d’une illusion. Nos expériences passées nous accompagnent dans nos expériences présentes ou à venir et les influencent. Plus nous feignons de rompre avec ce que nous avons vécu, plus nous courons le risque d’être rattrapés par notre passé et, finalement, de le répéter. C’est ce qui arrive souvent à des personnes qui changent régulièrement de conjoint, de travail, voire de région, espérant chaque fois une vie nouvelle, et qui s’aperçoivent qu’elles répètent chaque fois les mêmes schémas d’échec. De ce point de vue, on pourrait dire que le psychisme ne fonctionne pas par « réinitialisation » – pour utiliser le langage informatique – mais par « mise à jour ».
Nos nouvelles expériences puisent dans les anciennes. Nos souvenirs, nos aptitudes, nos peurs et nos espoirs passés sont réactivés, et parfois réaménagés et enrichis par des représentations nouvelles. Nous ne pouvons pas nous fuir nous-mêmes. C’est pourquoi nous sommes tous confrontés à ce dilemme de la continuité et de la transformation identitaires : rester ce que nous sommes tout en nous autorisant à développer de nouvelles « versions » de nous-mêmes. Mais nous devons également nous protéger d’une illusion opposée : celle consistant à croire que nous pourrions construire du nouveau sans rien perdre de l’ancien. Le processus de changement est toujours, pour partie, un processus de deuil, qui nous demande d’accepter de perdre quelque chose de ce que nous avons connu. Et ce quelque chose a parfois une forte valeur existentielle : une représentation de nous-même, une image de notre couple, notre identité professionnelle, etc.
Que ce soit pour changer ou pour refonder telle ou telle partie de notre vie, nous devons accepter de renoncer à quelque chose que nous avons connu, qui ne reviendra plus, en tout cas sous cette forme. La difficulté de ce processus d’acceptation et de deuil constitue parfois le principal frein qui nous empêche d’accueillir, de vivre et de faire grandir la nouveauté dans notre vie. Il ne s’agit pas de rompre avec ce que nous avons connu, mais d’en faire des souvenirs capables de nourrir le présent et l’avenir, ne serait-ce que par les enseignements que nous en avons tirés.

Le coin biblique
Par Éliane Wild, pasteure

Une parabole venue du Nord - version originale

Jean, exilé sur l’île de Patmos, est le témoin d’une persécution féroce. Face à l’invincibilité apparente de l’Empire romain, une voix retentit : « Voici : je fais toutes choses nouvelles ! ». Aussitôt, le texte affirme : « C’est fait ! ». Comme en Genèse, la Parole de Dieu accomplit ce qu’elle énonce. Huit siècles plus tôt, Ésaïe adressait ce message au peuple brisé par l’exil : Dieu ouvre un chemin dans le désert et des fleuves dans la solitude. Les visions se répondent : Dieu essuie les larmes et annonce la fin de la mort. Ce renouveau n’est pas une création à partir de rien. Dieu ne jette pas, il ne balaie pas l’ancien ; il le transfigure. Tel le potier avec l’argile, il reprend notre histoire et nos blessures pour en faire un vase nouveau. En Apocalypse 21, verset 1, un détail surprend : « la mer n’est plus ». Pour le monde biblique, la mer est le lieu du chaos et du Léviathan. Sa disparition signifie la fin des fatalités. Les peuples ne sont plus condamnés à s’affronter. L’être humain n’est plus dirigé par le ressac de ses peurs ou l’illusion qu’il doit se sauver seul. Le temps de Dieu commence. La Bonne Nouvelle est celle d’un Dieu qui s’est approché en Jésus. Sa mort sur la croix est un acte d’amour jeté sur nos abîmes, sa résurrection la lumière qui transforme nos ténèbres en terre nouvelle. L’Apocalypse nous révèle que l’ordre du monde — avec ses puissances oppressantes — est une illusion. Rome passera, comme Babylone. Le croyant n’est pas réduit à ce qu’il subit. Même fragile, l’Église porte en son coeur le germe de la nouvelle Création. Mais la lutte continue. Nous vivons dans les « douleurs de l’enfantement » dont parle Paul : toute la Création soupire dans l’attente de la rédemption. Aujourd’hui, l’oppression a changé de visage. Elle prend les traits de manipulateurs hypermédiatisés. Elle a la discrétion d’algorithmes : c’est la tyrannie du « likable », qui ne s’impose pas par la force brute, mais nous enferme dans la solitude de nos propres choix.
Face à cela, une image d’espoir : en Suède, des enfants et leurs éducateurs ont construit un nichoir en forme d’église, avec du matériel recyclé. Ils l’ont fixé sur un bouleau, symbole de guérison. Cette église minuscule offre un abri contre les tempêtes, le froid et les prédateurs. Alors que de nombreuses espèces d’oiseaux sont en péril, des hommes, des femmes et des enfants déploient, par des gestes simples et invisibles, des trésors de soin : installer un nichoir, protéger un arbre, semer une graine. Ces gestes, répétés des millions de fois, rendent le monde habitable. Ce nichoir fabriqué par des enfants, loin des portables et de la consommation, est un signe d’amour. Comme eux, nous sommes appelés à bâtir des lieux qui disent la bonté de Dieu. L’Église ne doit jamais être une cage, mais un point de départ vers la liberté, un lieu où les oppressions sont dénoncées, un lieu où la fraternité prend racine. Chaque geste, si petit soit-il, peut devenir une parabole du Royaume.

Dieu fait du Upcycling (et spoiler : Rome a perdu) - version alternative 

Le syndrome du rétroviseur

Imaginez le peuple d’Israël en exil. C’est le bad mood total. Et là, Ésaïe arrive en mode coach de vie : « Les gars, arrêtez de scroller sur vos souvenirs de l’ancien temps. Dieu va faire un truc nouveau. C’est comme un GPS dans le désert, mais avec la 5G spirituelle. » (Ésaïe 43). 800 ans plus tard, Jean est coincé sur l’île de Patmos (l’équivalent d’une zone blanche sans Wi-Fi). Rome fait sa loi et se croit invincible. Et là, Dieu lâche la phrase ultime : « C’est fait ! ». Pas « Je vais peut-être essayer de... ». Non : « C’est fait ». C'est le Check bleu de Dieu.

 Pourquoi Dieu est le roi du recyclage ? ??

 Dieu ne blacklist pas.  Il ne clique pas sur Formatage usine pour effacer nos bugs.

  • Il prend tes casseroles, tes moments de solitude et tes dossiers les plus gênants.
  • Il les transforme de l’intérieur.
  • C’est comme transformer un vieux jean troué en sac stylé : la matière est la même, mais le look n’a plus rien à voir. 

La mer, ce gros bug système ?

Dans la Bible, la mer, ce n’est pas les vacances aux Baléares. C’est le chaos, le truc qui te noie sous l'angoisse. Quand Jean dit que « la mer n'existe plus », il ne dit pas qu’on n'ira plus à la plage. Il dit que le stress qui nous paralyse a fini par couler. Fin du game pour le chaos.

Le combat : Influenceurs vs Nichoirs ?

Aujourd’hui, le boss final ne porte pas une toge romaine. Il a le look d’un influenceur ultra-stylé et la discrétion d’un algorithme qui connaît tes goûts mieux que ta propre mère. C’est la tyrannie du like. On se sent connectés à 10 000 personnes, mais on est tout seul dans sa chambre à manger des chips.

L'acte de résistance ? J’ai vu des jeunes en Suède construire une église-nichoir avec des vieux morceaux de bois.

  • Les mecs ont posé leur téléphone (miracle n°1).
  • Ils ont construit une mini-église pour... des oiseaux. C’est ça, le projet : une Église qui ne se prend pas pour une multinationale, mais qui devient un refuge. Une sorte de Safe Place pour ceux qui sont plus petits, plus fragiles, ou juste épuisés par le vent.

Le mot de la fin

Jésus, c’est le mec qui a transformé un échec total (la Croix) en victoire ultime (la Vie). La vie de Jésus et tout ce qu’il update, franchement, ça t’aide à avancer sans rester coincé dans tes galères. Il nous dit que chaque petit geste — genre ramasser un déchet, défendre un pote harcelé ou juste être sympa sans raison — c’est une pierre posée pour reconstruire le monde.

Bref : Ne sois pas un simple consommateur d'algorithmes, deviens un constructeur de nichoirs.

 

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