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Le narratif du commencement
Au commencement, l’élection d’Abraham (Genèse 12). Ce narratif est commun dans son fond aux trois religions « abrahamiques » : le judaïsme, le christianisme et l’islam. Le narratif mène d’Abraham à Moïse et au don de la loi (torah) au Sinaï avec les dix paroles dont la première est « Je suis le Seigneur ton Dieu, qui t’ai fait sortir du pays d’Égypte, de la maison de servitude. Tu n’auras pas d’autres dieux devant ma face » (Exode 20). Le narratif aboutit à la confession de foi du Dieu un et unique, le Shema Israel (Écoute Israël) : « Écoute Israël, le Seigneur ton Dieu, le Seigneur est un » (Deutéronome 6, verset 4). C’est l’affirmation de base du monothéisme. Jésus, le juif, fera expressément sienne cette confession de foi (Marc 12, versets 28 et suivants). Elle est reprise par l’islam dans la première Shahada : « Je témoigne qu’il n’y a d’autre Dieu que Dieu ». « Allah » est le mot arabe pour Dieu et désigne le même Dieu que celui de la Bible, dans la continuité de laquelle le Coran s’inscrit. Les trois religions abrahamiques sont les trois religions monothéistes ! Le monothéisme biblique et coranique confesse le Dieu vivant des religions monothéistes : Celui-ci est à la fois le Rédempteur (Genèse 12) et le Créateur (Genèse 1).
Le commencement comme fondement commun permanent
Ce commencement commun à nos trois traditions de foi révèle le fondement donné depuis toujours, même si c’est aujourd’hui seulement qu’une conscience plus claire en surgit après des siècles d’histoire souvent conflictuelle. Sur la base du narratif rappelé, et dans le respect critique de toutes les différences nées de l’histoire entre ces religions, celles-ci sont une commune famille, certes différenciée, mais unie dans une commune relation à un Dieu commun. Les questions alors viennent : nos traditions de foi sont-elles à la hauteur de leur confession de foi lorsqu’elles confessent Dieu séparément, dans l’ignorance ou l’indifférence réciproques ou dans une simple coexistence de neutralité théologique respective, une tolérance de courtoisie ? Lorsqu’elles coupent le particularisme - différencié - inhérent à leur narratif, de l’universalisme qu’exprime la confession de foi comme telle, Dieu étant le Dieu des cieux et de la terre et de toute l’humanité ? Lorsqu’elles lient une prétention de pouvoir temporel (politique, sociétal, juridique, culturel) à la confession de foi ? La distinction des « deux règnes », temporel et spirituel, non au sens de leur séparation mais de leur relation réciproquement critique (l’un et l’autre, chacun selon sa vocation, au service du bien commun), est dans la ligne de la vraie compréhension de la foi monothéiste.
Le défi du monothéisme trinitaire chrétien
Le christianisme, à cause de ce que représente le « moment Jésus », puis le « moment Pentecôte », déploie le monothéisme dans un sens trinitaire, en affirmant que Dieu a de toute éternité trois manières d’être simultanées. Il y a là un double défi vis-à-vis du judaïsme et de l’islam : il est de montrer que ceux-ci rejettent à tort cet enrichissement trinitaire du monothéisme, lequel n’est aucunement remis en cause ; eux aussi vivent le Dieu un et unique selon ses trois manières d’être, même s’ils ne le formulent pas comme le fait le christianisme. La question est : quels sont les chrétiens qui en sont aptes ? Et : Juifs et musulmans sont-ils capables de s’y ouvrir ?
Le défi pour les trois monothéismes
La séparation des trois religions monothéistes a tout concrètement des effets désastreux et scandaleux pour la foi en Dieu. Un seul exemple : le conflit tragique entre Israël et la Palestine. Aucune concertation, aucun engagement commun des trois monothéismes comme tels. Résultat : leur insignifiance dans ce conflit, dans lequel ce sont pourtant majoritairement leurs adeptes qui sont impliqués. Où est la portée politique – oui, politique ! – de la confession de foi monothéiste ? Et d’abord : où est sa portée théologique, qui devrait être au cœur de leur dialogue interreligieux ? Mais encore : sa portée humaine, et également, et déjà, sa portée inter-ecclésiale ? Constat : large absence des traditions de foi monothéistes, dans leur communion, au cœur de l’humanité. Le temps presse ! Appel, pour les générations à venir, aux jeunes !
Gérard Siegwalt,
professeur émérite de dogmatique
à la faculté de théologie protestante de Strasbourg
À lire
Monothéistes. La commune vocation de l’Église chrétienne, du judaïsme et de l’islam au cœur de l’humanité, éditions Olivétan, 2026, 127 p., 12 €.
Conférence du Messager
Monothéistes. Une commune vocation au cœur de l’humanité, avec Gérard Siegwalt
Mercredi 30 septembre à 18h, salle Koch, 1 b quai Saint-Thomas, Strasbourg
En partenariat avec la médiathèque protestante du Stift, l’Amitié judéochrétienne de France, le Groupe d’amitié islamo-chrétienne, les éditions Olivétan, RCF Alsace et la libraire Oberlin.
1b quai Saint Thomas
67000 STRASBOURG
03 88 25 90 80