
En 2026, la fondation protestante souffle ses 150 bougies. Plus d’un siècle à oeuvrer en faveur des personnes en situation de handicap mental, accompagner leurs familles, dans 25 établissements répartis sur huit communes du Bas-Rhin. Petite remontée dans le temps avec Anne-Caroline Bindou, directrice générale du Sonnenhof depuis 2014.
C'est une histoire entremêlée de lumière. Il y a déjà cette devise, « chaque vie est une lumière », une phrase qui guide les actions de la fondation du Sonnenhof depuis plus d’un siècle. Mais il y a aussi ce nom, « Sonnenhof », qui n’était pas la première appellation de la fondation. « À la création en 1876, le lieu s’appelait Asile évangélique pour faibles d’esprit », rappelle Anne-Caroline Bindou, directrice générale de la fondation depuis douze ans. « C’est en 1911 que le nom Sonnenhof apparaît. La « Cour du Soleil » voit alors le jour, à la demande de jeunes résidents », précise Anne-Caroline Bindou. « Alors que nous fêtons cette année nos 150 ans et qu’on se dit qu’il y a encore du chemin à faire pour sortir de la stigmatisation, c’est intéressant de voir qu’au départ de la fondation, il y avait déjà à l’époque ce souci de ne pas frapper d’infamie les personnes en situation de handicap », relève-t-elle. À l’origine, il y a ce constat : des enfants en situation de handicap mental et leurs familles en errance médicale que la société du XIXe siècle avait du mal à accepter. Sous l'impulsion du Réveil – un mouvement introduit au début du XIXe siècle qui appelle à une foi personnelle, vivante et engagée dans l’action sociale –, le monde protestant se mobilise et une première maison voit le jour à Oberhoffen-sur-Moder. Dès 1884, une cinquantaine de filles et de garçons sont accueillis ensemble, une mixité peu commune pour l’époque. « C’est notable dans le mouvement protestant : cette capacité de mettre en mouvement la société », remarque Anne-Caroline Bindou. En 1889, l’acquisition d’une ancienne manufacture textile à Bischwiller permet à la fondation de s’agrandir.
Un mystérieux protecteur
Au début du XXe siècle, la construction d’une chapelle ajoute une dimension spirituelle au Sonnenhof en réaffirmant ses racines chrétiennes. Une dimension éducative aussi puisque la chapelle devient un lieu d’apprentissage de la foi et de l’écriture. Pendant les deux guerres, le Sonnenhof maintient sa mission d’accueil des plus fragiles mais souffre de pénuries. Lorsqu’éclate la Seconde Guerre mondiale, la fondation traverse « une épreuve majeure ». « La période nazie a mêlé la question du handicap et celle de la question juive », rappelle Anne-Claire Bindou, évoquant l’Aktion T4, le programme d’extermination des adultes handicapés physiques et mentaux. Huit enfants de confession juive accueillis par la fondation à cette période ont perdu la vie. « Un grand nombre d’autres résidents ont pu être sauvés et l’hypothèse la plus probable est que nous aurions bénéficié, je pense, d’une protection », avance Anne-Caroline Bindou, évoquant la probable intervention du parent d’un des résidents auprès de l’armée allemande. Les années 1950 et 1970 marquent un tournant majeur avec l’évolution des politiques publiques, notamment dans l’accompagnement au travail des personnes en situation de handicap. Cela se traduit notamment en 1977 par la création du Centre d’aide par le travail (CAT). Le Sonnenhof évolue encore en 1997, avec l’inauguration du Foyer d’Accueil spécialisé Marie Durand, avec la prise en compte des besoins des personnes handicapées vieillissantes. Aujourd’hui, la fondation répartit ses activités et services sur 24 autres sites en Alsace du Nord où travaillent 830 professionnels et où sont accueillis pas moins de 1 100 personnes en situation de handicap, âgées ou dépendantes. Si le Sonnenhof a toujours bénéficié de dons, il tire ses financements de l’Agence régionale de santé (ARS), de la Collectivité européenne d’Alsace (CEA) et de la Direction régionale de l’économie de l’emploi du travail et des solidarités (DREETS Grand Est). En septembre 2025, la fondation a lancé des travaux pour un nouvel Institut médico-éducatif à Bischwiller. Un nouvel espace de 1 700 mètres carrés qui devrait être livré en 2027 pour accueillir une trentaine d’enfants et d’adolescents autistes déficients mentaux. Pour rester fidèle à ces quelques mots : « Chaque vie est une lumière ».
Ophélie Gobinet,
journaliste