
Jean-Paul Sorg est décédé le 10 octobre 2025. Grand défenseur de la langue et de la culture alsacienne et spécialiste de l’oeuvre d'Albert Schweitzer, il laisse un vaste héritage intellectuel et spirituel.
Grand connaisseur des poètes alsaciens tels que Nathan Katz, Émile Storck ou encore Jean-Paul de Dadelsen, sans oublier les contemporains comme Sylvie Reff-Stern, Jean-Paul Sorg s’est fait le défenseur infatigable de la langue et de la culture alsaciennes en même temps qu’il devenait rapidement l’un des plus éminents spécialistes de la pensée et de l’œuvre d’Albert Schweitzer. Une œuvre dont il a traduit de grandes parties, rendant ainsi accessibles au public francophone de nombreux ouvrages, sermons ou encore la correspondance entre Albert Schweitzer et sa future épouse, Hélène Bresslau (trois volumes, éditions Jérôme Do Bentzinger, 2005, 2009 et 2011). Si la première publication d’importance a été sans conteste Humanisme et mystique (éditions Albin Michel, 1995), Jean-Paul Sorg a très largement contribué à la connaissance de la pensée schweitzerienne en publiant Une pure volonté de vie (éditions Van Dieren, 2002) où on découvre la première mention de l’idée de Respect de la vie dans les derniers cours donnés par Schweitzer avant même son départ pour Lambaréné en 1913 ou encore Psychopathologie du nationalisme (éditions Arfuyen, 2016) ; Ainsi parlait Albert Schweitzer (éditions Arfuyen, 2018) ; Il ne suffit pas de croire (éditions Ampélos, 2018) ; Respect et responsabilité pour la vie, choix de textes philosophiques et de lettres (éditions Arthaud Poche, 2019). Mais ce sont dans les sermons que la force et la cohérence des idées de Schweitzer s’expriment de la manière la plus franche et la plus directe. Et les deux volumes de sermons publiés et commentés par Jean- Paul Sorg - Agir : 21 sermons sur les missions et l’humanitaire (éditions Ampélos, 2009) ; L’Esprit et le Royaume, 30 sermons (éditions Arfuyen, 2015) sont autant de découvertes d’une prédication ancrée dans une profonde espérance et une grande lucidité. Sa dernière traduction, parue en 2025, était consacrée aux Propos sur le Nouveau Testament (éditions Olivétan, 2025) où Schweitzer apparaît comme un guide précieux pour la découverte de la vie et du message de Jésus.
Une œuvre d’érudition et de médiation
Au-delà des traductions, Jean-Paul Sorg a également fondé la revue Études Schweitzeriennes en 1990. Sous sa direction, la revue publie douze numéros, qui contiennent des traductions d’inédits, les actes des colloques et des recensions. De 2003 à 2016, il a été le rédacteur en chef des Cahiers Albert Schweitzer où il assurait, dans chaque numéro, la traduction inédite d’un sermon et son commentaire. Il devient président de l’Association française des amis d’Albert Schweitzer (AFAAS) de 2008 à 2011. En 2015, dans le cadre à la fois du 50e anniversaire de la mort de Schweitzer et du 100e de l’énoncé du principe du Respect de la vie, Jean-Paul Sorg a été commissaire de l’exposition Entre les lignes à la Bibliothèque nationale et universitaire de Strasbourg dont il a réalisé le catalogue avec Benoît Wirrmann. Jean-Paul Sorg a été lauréat du prix Ville de Schongau, attribué par l’Académie d’Alsace, en juin 2000, pour ses travaux sur Goethe et Albert Schweitzer. Dans le même esprit de promotion de la littérature alsacienne régionale et européenne et pour sa régulière contribution à la revue D’Heimet zwische Rhin un Vogese, il a été lauréat en juillet 2022 du prix Charles-Goldstein, décerné par l’association Heimetsproch un Tràdition. Il a également cofondé en 2000 le Cercle Émile Storck et il a publié dans ce cadre en 2014 une anthologie bilingue, Par les fossés et les haies qui a valu au Cercle Émile Storck le Prix Nathan Katz du patrimoine. Très engagé dans sa paroisse de Guebwiller où il participait largement à l’animation des études bibliques, Jean-Paul Sorg conciliait avec bonheur philosophie et foi chrétienne, une foi consciente des difficultés de l’époque et de la nécessité pour elle « de toujours se dire de manière à être audible et crédible dans les catégories de pensée d’aujourd’hui, sans renoncer à son universalité et son enracinement dans une culture et une histoire données. »
Roland Kauffmann,
pasteur