L’artiste allemande Heidrun Feistner, expose ses sculptures à Strasbourg du 30 mars au 19 mai. Portrait.
Heidrun Feistner est une artiste allemande née en 1960 qui vit et travaille à Wittenberg, à 110 km de Berlin. Son parcours très particulier a commencé en ex-RDA. À l’adolescence, elle a manifesté un intérêt et du talent pour l’expression artistique. Cependant, ses dessins étant jugés non conformes à l’orientation politique de l’époque, elle n’a pas pu suivre une formation artistique. Elle a dû quitter l’école en 1ère et commencer à travailler. Elle est devenue bibliothécaire et s’occupe depuis 1986 des fonds historiques de la Staatsbibliothek de Berlin. Après la chute du Mur, il lui a fallu encore 20 ans pour retrouver sa vocation artistique. Ses créations en stéatite (Speckstein) et en albâtre, ainsi que ses bronzes, sont souvent en lien avec des textes littéraires et des thèmes spirituels et philosophiques. Elle a exposé à l’église du château de Wittenberg, où Luther a affiché ses 95 thèses, ainsi que dans des villes telles que Berlin, Greifswald, Madrid, Florence et Rome. Un groupe en albâtre intitulé « Les anges réfléchissent » a été spécialement créé pour Wittenberg. Ce sont les anges de la Réforme : ce ne sont pas des messagers, ils doivent se forger leur propre opinion. Ces anges seront présents à Strasbourg. Voici comment elle décrit son cheminement artistique et spirituel : « Dans son livre sur le sculpteur Auguste Rodin, Rainer Maria Rilke parle de ce SILENCE qui enveloppe les grandes œuvres, qu’elles soient grandes ou petites de taille. Ces œuvres contiennent à la fois un mouvement et un contre-mouvement, elles se reposent en elles-mêmes, elles regardent en elles-mêmes – il parlait d’un regard qu’on ne peut pas rencontrer. Puis cette phrase au sujet de Rodin, comme écrite pour moi : « ses créations sont passées entre ses mains comme des confidences, pures et intactes ». J’ai réalisé ma première sculpture à l’âge de 52 ans. Et peut-être que la seule façon de garder pures et intactes les formes qui m’ont été confiées tout au long de ma vie était de NE PAS exercer mon art. J’aurais dû les trahir au moment où elles sont nées, où elles voulaient naître, en 1976 ou 1977, je venais d’avoir 17 ans. Par ailleurs, les événements qui se déroulaient autour de moi, et même mes propres sentiments, étaient trop complexes, sans doute aussi souvent trop désespérés, pour pouvoir être exprimés dans les formes exactes qui auraient voulu être les miennes – j’avais besoin de la Parole pour m’accompagner dans cette vie difficile. C’est ainsi que les formes ont traversé avec moi les mots, ont mûri, sont devenues des compagnes silencieuses, que je n’avais pas remarquées. Les sculptures qui naissent depuis 2012 sont désormais visibles, elles ne sont plus purement spirituelles. Elles sont présentes, témoignent de leurs rencontres avec la vie, la pensée, la poésie, l’art, de leur rencontre avec moi-même. Et encore une fois, Rilke : Tout est gestation – puis naissance. »
L’art de la liberté
L’idée de cette exposition est née en juin 2024 à l’occasion de la rencontre que mon épouse et moi, en déplacement à Wittenberg pour la Fédération luthérienne mondiale, avons faite avec Heidrun Feistner. En nous promenant dans la petite cité, nous avons visité « par hasard » la galerie de l’artiste et avons immédiatement sympathisé avec elle. Sa venue à Strasbourg quelques semaines plus tard a fait le reste. Elle a eu un « coup de cœur » pour l’église Saint-Thomas, et c’est ainsi que nous avons convenu du principe d’une exposition coorganisée par la médiathèque protestante et la paroisse Saint- Thomas, les deux lieux où la cinquantaine d’œuvres présentées sont exposées. Heidrun Feistner exprime dans des formes très douces et contemporaines ses questions et sa vie intérieure. Son oeuvre est l’expression d’une recherche spirituelle sur le sens de la vie et du monde. Le caractère international de cette exposition a un sens tout particulier à Strasbourg, siège du Conseil de l’Europe, porteur de valeurs fondamentales comme les droits humains, en particulier la liberté d’expression artistique.
Christian Albecker
J’entends la voix des pierres…
Du 30 mars au 19 mai
À l’église Saint-Thomas, 4 rue Martin Luther, Strasbourg :
Tous les jours de 10h à 18h, sauf durant les cultes
À la médiathèque protestante du Stift, 1b quai Saint-Thomas, Strasbourg :
Lundi, mardi et jeudi : 13h-18h – Mercredi : 9h-18h – Vendredi : 9h-17h Entrée libre dans les deux lieux
Vernissage le mardi 31 mars à 18h à la médiathèque protestante du Stift
Concert-lecture le vendredi 24 avril à 20h en l’église Saint-Thomas : Orgue, violon et flûte, œuvres de Mozart, Mendelssohn et Rheinberger. Lecture de textes poétiques en lien avec les œuvres de Heidrun Feistner.
1b quai Saint Thomas
67000 STRASBOURG
03 88 25 90 80