De gauche à droite : Jérémy Kohler, Thomas Guillemin et Mélanie Martin.
La Médiathèque protestante du Stift à Strasbourg a été en travaux tout l’été. Centre de ressources pour les Églises et les paroisses, lieu de conservation d’un patrimoine exceptionnel, espace culturel et, de plus en plus, lieu de rencontre ouvert au quartier et au grand public. Son équipe, Thomas Guillemin, Jérémy Kohler et Mélanie Martin, raconte une médiathèque en mouvement.
Commençons par l’histoire de cette médiathèque. D’où vient-elle ?
Thomas Guillemin : Nous sommes la plus ancienne bibliothèque de Strasbourg encore existante. Elle a été créée entre 1544 et 1548. Au départ, c’était la bibliothèque des étudiants en théologie protestante. La médiathèque actuelle est née du rapprochement de cette collection historique avec le Centre de documentation des Églises. Au début des années 2000, l’ensemble a été rénové et a pris le nom de Médiathèque protestante du Stift.
Jérémy Kohler : Dès la fin des années 1980, la bibliothèque historique et le Centre de documentation étaient rassemblés au sous-sol. Ce qui a changé au début des années 2000, c’est notamment la rénovation de l’entrée et le choix du terme « médiathèque ». Il fallait dépasser l’idée d’une simple bibliothèque du Stift.
Qu’est-ce qui distingue aujourd’hui la médiathèque d’une bibliothèque publique ?
T. G. : Nous sommes spécialisés dans le domaine religieux en général et dans le protestantisme en particulier. Si vous cherchez un livre de mathématiques, vous n’en trouverez pas chez nous ! Notre vocation n’est pas d’être généralistes.
Mélanie Martin : Notre public s’est beaucoup élargi. Nous sommes toujours une médiathèque pour les acteurs d’Église, mais pas seulement pour les étudiants. Tout ce qui concerne le protestantisme et la vie locale est important, ainsi que la liturgie et les ressources dont les paroisses ont besoin. Nous avons développé un rayon « Questions de société », qui était auparavant appelé « Éthique ». On y trouve des ressources sur l’écologie, Israël-Palestine, les migrations, la justice de genre, l’euthanasie…
J. K. : Cette ouverture est importante. Nous sommes, à notre connaissance, la seule structure protestante en France qui fonctionne à la fois comme centre de documentation pour les acteurs d’Église et comme lieu accessible au public. Et nous ne proposons pas seulement des livres, mais aussi des kamishibaï, du matériel pédagogique, des posters, des ressources pour la catéchèse ou les groupes de jeunes, des jeux, des films…
T. G. : Dans le service aux paroisses, nous proposons aussi des expositions clés en main. Elles peuvent être empruntées pour une fête paroissiale, pour être présentées dans une église ou un temple… Le prêt peut durer, une journée, une semaine, trois mois… Nous faisons entre 25 et 30 prêts par an.
Quelles sont vos missions ?
T. G. : Nous sommes une petite équipe, donc nous sommes très polyvalents. Ma mission est principalement culturelle : conférences, expositions, salons du livre et autres événements.
J. K. : Je suis davantage chargé du patrimoine et des relations universitaires. Cela comprend le catalogage, l’accueil des chercheurs, les visites guidées, les relations avec des bibliothèques partenaires, mais aussi le suivi du fonds ancien. Nous avons au moins 15 000 documents imprimés avant 1830, peut-être 18 000.
M. M. : Ma mission est davantage tournée vers les paroisses et la catéchèse. Je suis en contact avec les acteurs d’Église et je fais beaucoup de veille documentaire. Je travaille avec les services de l’Uepal pour proposer des ressources « clés en main ». J’effectue un travail en amont : je sélectionne, je rassemble et je prépare les ressources.
Vous avez aussi imaginé une « médiathèque délocalisée ». De quoi s’agit-il ?
M. M. : L’idée était de faire sortir la médiathèque de ses murs. Les pasteurs qui sont loin de Strasbourg peuvent emprunter 30 à 50 documents pour un trimestre et constituer ainsi une petite médiathèque dans leur paroisse. C’est une manière de rendre nos ressources accessibles au-delà de Strasbourg.
Tous les rayons trouvent-ils leur public ?
J. K. : Pas nécessairement. Les lecteurs sont naturellement attirés par les nouveautés, les BD, les films ou les romans. Il faut parfois les accompagner pour qu’ils aillent vers l’histoire, l’alsatique ou la théologie. Il y a un travail de pédagogie à faire sur le catalogue et sur la manière de retrouver les ressources. Après les travaux de cet été, les nouveaux espaces devraient donner davantage envie d’aller explorer les rayons. Avant, certains étaient sombres et encombrés.
T. G. : Au total, nous avons environ 14 000 documents en accès libre. Deux mille ont été publiés depuis 2020 et sept sur dix sont postérieurs à 2000. Cela montre que le renouvellement est réel.
À qui s’adresse aujourd’hui la médiathèque ?
T. G. : Il n’y a pas de public majoritaire. Les acteurs d’Église constituent notre premier public. Mais nous accueillons aussi des étudiants, des chercheurs, des personnes qui viennent pour une conférence ou une exposition, des habitants du quartier qui viennent lire la presse. Et nous avons aussi un public éloigné d’Internet qui utilise nos ordinateurs pour effectuer des démarches administratives. À notre échelle, nous rendons donc ainsi un petit service social. L’an dernier, nous avons accueilli environ 6 900 personnes. Certains viennent pour les livres, d’autres pour le café, les ordinateurs, les jeux, les expositions ou simplement pour un moment de rencontre. Nous sommes en train de devenir un véritable « tiers-lieu », mais avec une identité protestante particulière.
Quels sont vos prochains défis ?
T. G. : Le premier est le public jeunesse. Jusqu’ici, l’espace consacré à la catéchèse était surtout pensé pour les adultes qui utilisent des ressources jeunesse. Avec les travaux, des albums pourront être consultés directement par les enfants. Nous verrons si cet aménagement incite davantage les familles à venir. Le numérique est un autre défi, mais il suppose que les ouvrages que nous voulons proposer existent eux-mêmes sous forme numérique. Il faut que la médiathèque soit davantage connue dans toute l’Uepal. Depuis janvier 2025, l’inscription est gratuite pour tous les paroissiens de l’Uepal. C’est une ressource qui doit pouvoir profiter largement aux Églises.
M. M. : Il faut aussi que nous soyons visibles de l’extérieur. Nous sommes dans un bâtiment patrimonial avec beaucoup de contraintes et, parfois, les gens ne savent même pas qu’il y a une médiathèque au sous-sol du 1 quai Saint- Thomas.
J. K. : À terme, nous aimerions renforcer cette dimension de lieu où l’on se retrouve entre le travail et la maison. Les échanges humains font aussi partie de ce que nous apportons. La médiathèque coûte plus qu’elle ne rapporte, mais elle permet aux personnes qui la fréquentent de repartir avec quelque chose de plus : un livre, une ressource, une rencontre, une découverte.
Que va changer le nouvel aménagement ?
T. G. : Il n’y aura pas de révolution, mais une amélioration importante de la qualité des équipements et de la lumière. Nous avons profité du déménagement pour regarder les livres qui allaient être remis en rayon. L’objectif n’était pas de se débarrasser systématiquement de ce qui était ancien ou moins actuel. Nous avons beaucoup mis en réserve, tout en conservant les documents au catalogue. Comme nous sommes spécialisés, certains ouvrages témoignent d’une histoire ou d’une identité particulière et n’existent peut-être nulle part ailleurs.
J. K. : Il faut mesurer ce que représente le chantier : 14 000 documents ont été déplacés. Et, malgré les acquisitions récentes, le nombre de livres disponibles en salle restera à peu près le même, parce que des nouveautés sont entrées tandis que d’autres ouvrages ont été mis en réserve. Pour ceux qui ne sont pas venus depuis longtemps, la médiathèque sera donc en partie, voire presque entièrement, renouvelée.
T. G. : L’enjeu est finalement de faire vivre ensemble plusieurs héritages : la bibliothèque des étudiants, le Centre de documentation et maintenant une médiathèque ouverte à des publics beaucoup plus larges. Nous voulons que tout cela continue à vivre dans un lieu qui fonctionne comme une médiathèque, sans perdre ce qui fait son identité.
Propos recueillis par
Gwenaelle Brixius
Prochainement
Mercredi 7 septembre : réouverture de la médiathèque.
Du 15 septembre au 10 décembre : exposition Illustrer la Réforme à Strasbourg 1520-1550. Commissaire, Frank Muller, professeur émérite d'Histoire de l'Art.
À partir du 14 décembre : exposition de photos qui réunira quelques photographes ayant contribué à illustrer le mot d'ordre du Messager.
Informations et catalogue en ligne
https://catalogue.mediathequeprotestante.fr/
1b quai Saint Thomas
67000 STRASBOURG
03 88 25 90 80