
Chantier de la Maison de l’Un (Das House of One) sur la Petriplatz à Berlin.
Il y a 15 ans à Berlin est née l’idée de Das House of One (La maison de l’Un, en référence à l’identité monothéiste du judaïsme, du christianisme et de l’islam). Il s’agissait d’un projet interreligieux qui visait à réunir, sous un même toit, une synagogue, une église et une mosquée. Les trois lieux de prière devaient conserver leurs usages propres et être reliés par un espace central destiné à la rencontre, au dialogue et à l’enseignement. L’ambition n’était pas de créer une religion commune, mais de permettre aux traditions juive, chrétienne et musulmane de vivre leurs différences dans un même lieu et au quotidien. Pour des questions financières, le bâtiment n’est toujours pas sorti de terre. Le chantier devrait débuter en 2028 et s’achever en 2030. Pourtant la House of One existe déjà : rencontres, débats, actions éducatives et manifestations culturelles sont organisés. Une structure provisoire permet également de présenter le projet au public et de sensibiliser au dialogue interreligieux. Pas de bâtiment de la sorte en Alsace ou en Moselle, mais une tradition bien vivante de dialogue entre les religions existe avec rencontres des communautés locales, forums de réflexion, repas partagés, jardins communs, célébrations, publication de calendriers, concerts et sensibilisation auprès de tous les publics. Dans notre époque où la violence antisémite et le mépris et la haine de la religion de l’autre quelle qu’elle soit deviennent tragiquement ordinaires, il est urgent de dénoncer tout ce qui pourrait séparer les croyants et de lutter contre tous les préjugés sous peine de laisser assassiner ce qui fait notre identité humaine et spirituelle. Le théologien protestant Raphaël Picon insistait sur la nécessité spirituelle du dialogue avec les autres religions. « Une religion qui resterait imperméable aux autres risquerait de se figer dans le temps, de se fermer à toute discussion et de devenir une forme d’absolu pour celui ou celle qui s’y réfère. La rencontre nous permet en effet de ne pas sacraliser nos convictions, de ne pas transformer nos images de Dieu en idoles. Le dialogue interreligieux enrichit aussi la théologie d’une possibilité extrêmement féconde de créativité. Il confronte nos théologies à des perspectives différentes qui peuvent en retour questionner et transformer nos convictions et nos pratiques. Dans ce sens, le dialogue offre aux religions la possibilité de s’enrichir de tout ce qu’elles ne croient pas encore au sujet de Dieu. » Encore faut-il entendre l’appel que lance le théologien Gérard Siegwalt dans l’article qui introduit le dossier de ce numéro : « Constat : large absence des traditions de foi monothéistes, dans leur communion, au cœur de l’humanité. Le temps presse ! Appel, pour les générations à venir, aux jeunes ! »
Gwenaelle Brixius,
rédactrice en chef
Septembre-octobre 2026