
Je conserve pieusement, dans mes souvenirs d’enfant, des soirées passées avec mes grands-parents à écouter Raymond Devos à la télévision, qui nous disait, avec sa verve inimitable : « Une fois rien… C’est rien. Deux fois rien... ce n’est pas beaucoup. Mais trois fois rien ! Pour trois fois rien, on peut déjà acheter quelque chose... et pour pas cher ! » Je crois que ce sketch célèbre a été d’une certaine manière ma première occasion de réfléchir sur la valeur de la sobriété. Aujourd’hui, bien entendu, c’est en adulte que je feuillette avec vous ce numéro du Nouveau Messager qui fait beaucoup de place à ceux qui ne souhaitent s’encombrer que de peu de choses. « Soyons vigilants et soyons sobres », nous affirme l’apôtre Paul dans la première épître aux Thessaloniciens (5, verset 6). Un appel qui a marqué l’histoire du christianisme et du monachisme, et rencontre aujourd’hui nos inquiétudes climatiques, comme nous le rappelle très bien Adrien Labit. Une sobriété qui s’oppose à la ferveur consumériste de notre époque, et nous invite à faire des choix, pour, peut-être, entrer dans le royaume de Dieu mieux que ce chameau qui est resté coincé dans le chas de son aiguille. Car c’est bien là l’enjeu, comme nous le dit très justement Gwenaelle Brixius : « la vente des biens ne suffit pas, elle doit être suivie du geste du don et de celui de suivre Jésus ». Édith Wild nous le rappelle aussi dans le coin biblique : même le jeûne, forme ultime de la sobriété, n’est pas réellement une affaire de privation matérielle. « Le jeûne qui plaît au Seigneur, c’est celui qui prend soin de l’autre » et va « jeûner de la toute-puissance ». Le clown de mon enfance avait bien raison : la sobriété, c’est trois fois rien à offrir, qui fait toute la différence. En feuilletant ce numéro, je me rends compte que cette sobriété, c’est lutter pour les conditions de vie des minorités. C’est préserver notre planète. C’est ouvrir un espace de sororité dans les paroisses. C’est se rassembler pour écouter des histoires. C’est le cœur même de la vie. Nous vous souhaitons un bel été de sobriété heureuse.
Pierre Marchant,
directeur du Messager
juillet-août 2026
Alors que nous bouclions ce numéro du Nouveau Messager, nous avons appris le décès d’Adrien Weber, à l’âge de 71 ans. Il y a quinze ans, lorsque le Messager a dû se transformer pour continuer son aventure, Adrien Weber, qui dirigeait l’imprimerie Valblor, a été là pour accompagner et soutenir la naissance du Nouveau Messager. Bien plus qu’un fournisseur, il a été un véritable partenaire, loyal et impliqué. Toute l’équipe, passée et présente, du Messager adresse à ses proches, et notamment à ses fils qui fabriquent encore aujourd’hui notre magazine, ses plus sincères condoléances et l’expression de notre reconnaissance.