
Depuis quelques années plusieurs fêtes, festivals ou animations touristiques autour de la figure de la sorcière sont organisées dans plusieurs communes en Alsace et en Moselle. À Bouxwiller par exemple, lors du dernier week-end de septembre, s’est tenue la 3e édition du Festival des Sorcières. Marché médiéval, animations diverses, conférences historiques, concerts et spectacles de rue ont rassemblé 50 000 visiteurs et visiteuses. L’événement créé à l’initiative du Centre culturel Marie Hart et en collaboration avec le musée du Pays de Hanau rencontre un succès grandissant. Pourquoi le thème de la sorcière ? Parce qu’il renvoie aux légendes sur des sorcières se réunissant dans la nuit de Walpurgis lors d’un prétendu « sabbat » sur la colline du Batsberg dominant Bouxwiller. À ces légendes s’ajoute une réalité historique : les procès en sorcellerie qui se sont tenus dans la région. « Ce Festival des Sorcières souhaite remettre la figure de la sorcière au premier plan, loin des clichés des bonnets pointus, en se basant notamment sur l’histoire et la façon dont l’image de la sorcière s’est forgée », peut-on lire sur le site Internet de la commune. Les récits sur les sorcières, tour à tour folkloriques ou historiques, fascinent toujours autant. Nous oublions parfois que dans l’Histoire, la figure de la sorcière a cristallisé bien des haines, des désirs de domination et de vengeance, des préjugés irrationnels et des condamnations expéditives. Elles n’ont pas été invisibilisées, bien au contraire, mais réduites au silence comme le rappelle Marie-Odile Kubiszyn, présidente de la Société d’Histoire de Bergheim où se visite la Maison des sorcières. Elles n’ont pas été invisibilisées, mais brûlées en place publique, exhibées devant des tribunaux arbitraires, montrées du doigt par leurs voisins, voisines et proches, exposées dans les textes comme des créatures malfaisantes, dessinées sur les frontispices de manuscrits, peintes par Goya, Füssli, Dürer ou encore Waterhouse tantôt en femme hideuse, en femme sexualisée ou en femme effrayante avec marmite fumante, bestioles nocturnes et démons à cornes. Pourtant, les chasses aux sorcières ne se sont pas arrêtées avec les dernières braises du bûcher d’Anna Göldi. Aujourd’hui encore chaque société, chaque institution, chaque idéologie, chacun et chacune désigne ses « sorcières », ces personnes qu’il faut faire taire pour espérer les voir disparaître.
Gwenaelle Brixius,
rédactrice en chef