
Il a la mission chevillée au corps. Le pasteur Jean- François Zorn a 24 ans en 1970 lorsqu’il s’envole pour le collège protestant de Lomé au Togo effectuer son service national en coopération. Au retour, il va passer dix ans au sein l’équipe de direction du Défap, la société des missions de Paris. Tout en préparant son doctorat en théologie, il assure des cours de missiologie avant d’être finalement nommé maître de conférences à la Faculté de théologie de Montpellier. C’est donc un historien particulièrement au fait du passé protestant et de son volet missiologie qui sort le tome deux de cet essai. Plongeant dans le « grand siècle » des missions qu’a été le XXe siècle, le récit nous entraîne par-delà les mers : Lesotho, Zambèze, Sénégal, Congo, Madagascar, Polynésie, Nouvelle-Calédonie, Cameroun et Togo. De 1914 à 1971, la Mission de Paris y poursuit la formation des cadres des Églises et le soutien des œuvres scolaires, agricoles et sanitaires, ceci depuis 1822. La période est marquée par deux événements : le centenaire de l’institution en 1922 et sa participation à l’Exposition coloniale internationale de Vincennes en 1931. Cela la conduit à reformuler la missiologie qu’elle met entre les mains de ses missionnaires. De nouveaux modèles d’action voient le jour comme l’action apostolique commune qui met fin, en 1971, à la mission à sens unique. Dans un langage fluide qui ne tombe pas dans le jargon des sciences humaines, le volumineux ouvrage est riche, non seulement de l’histoire de la mission protestante française, mais aussi de celle du protestantisme français au XXe siècle, pas toujours bien connu.
Albert Huber
Une mission protestante dans des temps de crise, la Mission de Paris de 1914 à 1971, de Jean-François Zorn, éditions Karthala, 2025, 872 p., 45 €.