Un monde réconcilié…
LE TITIEN : « Vierge au Lapin » (1530)
LE TITIEN, né en Vénétie vers 1490, dans une famille aisée, fut initié à la peinture dès son plus jeune âge. Il a été l'élève de grands maîtres, comme Bellini et Giorgione. Son talent fut vite reconnu puisqu'en 1516, il fut nommé peintre officiel de la République de Venise. Des artistes renommés comme Tintoret et Le Greco s'arrêtaient dans son atelier du Grand Canal.
En 1530, année de réalisation de cette "Vierge au lapin", Le Titien était un homme comblé : il était gratifié du titre de Conte Palatin par l'empereur Charles Quint et son épouse mit au monde une belle petite fille. Il n'est donc guère étonnant que cette œuvre, qui respire le bonheur, la plénitude et la sérénité, soit l'œuvre d'un homme heureux !
Représenter le sacré dans un cadre totalement profane était une des caractéristiques des peintures de la Renaissance : ici, l'Enfant Jésus est intéressé par un lapin blanc, au cœur d'une nature harmonieuse, illuminée par la douce lumière d'un soleil couchant. Ici, point de visages empreints de gravité, rappelant au spectateur la fin tragique de Jésus sur la croix. Non, mais une nature transfigurée par la venue du Sauveur, une humanité réconciliée avec elle-même, avec le monde et avec Dieu. N'est-ce pas la plus belle représentation de l'Incarnation ?
Le lapin blanc est une allusion, sous le pinceau de l'artiste, non seulement à la fécondité et à la pureté de Marie, mais aussi à l'avènement d'un monde de paix qui se manifeste dans une attitude de bienveillance et de tolérance. Cette attitude, Jésus l’avait lui-même pratiquée : elle est étroitement liée à l'humilité et à la non-puissance. Comme disait le prophète Zacharie, proclamant la venue d'un roi fort et vainqueur mais en même temps humble et doux : "il fera disparaître les chars de guerre et proclamera la paix aux nations."
Utopie pour les uns, mais profonde vérité spirituelle et espérance éternelle pour celui qui croit.
Eva Clapiès