Une déchirure dans le ciel…

GIOTTO : « Nativité » (vers 1304-1306)
Giotto a exprimé sa foi à travers les fresques dont il a décoré les murs de la chapelle de l’Arena à Padoue au tout début du 14ème siècle.
Nos yeux habitués à des styles plus modernes ont du mal à reconnaître ce que cette Nativité avait de particulièrement innovant ! Et pourtant, Giotto a introduit dans son œuvre des éléments de naturel et de réalisme qui étaient en totale rupture avec les traditions picturales du Moyen Age… Il fait entrer la lumière du jour et le bleu du ciel dans la composition du tableau : nouveauté !
Regardons aussi la scène qui se déroule entre la mère et l’enfant : une servante est venue aider la jeune accouchée, elle a lavé et habillé le nouveau né ; et voici qu’elle le tend à Marie qui le prend précautionneusement, avec ce respect émerveillé qu’éprouve toute jeune maman quand elle tient son bébé dans ses bras pour la première fois… Son mouvement vers l’enfant fait glisser le voile de sa tête et laisse découvrir ses cheveux tressés selon la mode de l’époque de Giotto. La mère et l’enfant se regardent, se reconnaissent et se rencontrent : c’est le point central du tableau.
Mais Giotto nous présente aussi une vision spirituelle que Joseph, assis au premier plan, nous invite à partager : il a les yeux mi-clos et la tête penchée, mais il ne dort pas, il médite le mystère de l’Incarnation.
La montagne à laquelle la crèche est adossée représente le mouvement ascensionnel de la quête spirituelle de l’homme, mais elle fait également penser à une déchirure dans le ciel par où Dieu et ses anges sont descendus.
Giotto nous invite à penser Noël non pas comme un récit qui appartient au passé mais comme un évènement du présent où Dieu nous rejoint aujourd’hui pour nous ouvrir à demain, à un avenir meilleur… pour peu que nous tournions notre regard, nous aussi, vers le Christ pour l’accueillir !
Eva Clapiès