La permanence du Christ et la permanence de ses bourreaux…
Pierre Bruegel l’Ancien : « Le Massacre des Innocents » (1565)
En 1567, le duc d'Albe, à la tête de troupes mercenaires espagnoles, venait d’entrer aux Pays-Bas. Le roi d'Espagne lui avait ordonné de réprimer la révolte, quitte à exterminer le peuple entier. Mais déjà avant, dès 1529, suivre Luther c'était risquer la torture et la mort.
Bruegel pense à cette violence et au malheur de sa patrie quand il médite la naissance du Christ au temps d'Hérode…
Le héraut que les paysans supplient, dans ce tableau, il porte l’emblème des Habsbourg et les cavaliers en armure noire sont espagnols.
Un mur de cavaliers nous fait face et barre toute échappée, toute espérance. Au premier plan de la peinture du village martyrisé, non la terre tranquille et la neige, ni la glace où l'on passe d'une rive à l'autre, mais un creux d'eau gelée, des tonneaux vides, un arbre mort.
« Tout se passe dans notre âme, écrivait un contemporain de Bruegel, et s'il arrivait que le Christ revienne réellement comme en vérité il revient chaque jour, nous le crucifierions encore en complétant l'œuvre de nos pères. »
Voilà le sens de cet anachronisme dans les tableaux de Bruegel : montrer la permanence du Christ et la permanence de ses bourreaux. Et dans l'histoire de chaque homme, la permanence du conflit des deux cités : le royaume du monde et le royaume de l'amour.
« Ce qui est bon, je le sais, n'habite pas en moi, c'est-à-dire dans ma chair : j'ai la volonté, mais non le pouvoir de faire le bien. Car je ne fais pas le bien que je veux, et je fais le mal que je ne veux pas. Et si je fais ce que je ne veux pas, ce n'est plus moi qui le fais, c'est le péché qui habite en moi. » Romains 7, 18-20