Le courage de la foi…
Georges de La Tour : Job raillé par sa femme (vers 1650)

Job est seul, dans l’obscurité des ténèbres. Assis près de son écuelle brisée, tel un prisonnier dans son cachot. L’homme a tout perdu. Il n’a plus que la peau sur les os. Lui qui avait sept fils et trois filles, sept mille brebis, trois mille chameaux, cinq cents paires de bœufs et cinq cents ânesses ! Ses enfants, tous anéantis, ses troupeaux, tous volés !
Démuni et malade, il dirige vers sa femme un regard interrogateur : que m’arrive-t-il, à moi qui ai toujours été un bon croyant, toujours fidèle à mon Dieu ? Il espère aussi un peu de compassion, quelques mots de consolation…
Mais sa femme n’est venue le voir que pour le railler. Elle occupe les trois quarts du tableau – on dirait aujourd’hui, qu’elle crève l’écran. Sa robe rougeoie comme le feu ; malgré le peu de mouvements, la scène respire la violence. La femme est aussi immense que la puissance de ses arguments ! Qui ne serait tenté de croire, au fond de sa maladie ou de son malheur, que Dieu n’existe pas ? Que s’il existait, il n’admettrait pas toutes ces misères ? Que la santé comme la maladie sont des récompenses ou des châtiments… Toujours l’idée si facile, si naturelle, d’une justice divine rétributive.
Mais le Livre de Job se termine bien, comme le plus merveilleux des contes, puisque, comme par miracle, Dieu guérit Job et le rétablit dans tous ses biens et même au-delà. Or, cette conclusion presque « trop belle pour être vraie » ne pourrait-elle pas être interprétée autrement qu’au premier degré ?
N’est-ce pas la plénitude spirituelle que symbolisent les biens retrouvés ? La plénitude ressentie par Job à la fin de l’histoire n’est-elle pas due au fait que ses tiraillements intérieurs ont cessé et, qu’après avoir surmonté l’épreuve grâce au courage de la foi, il a trouvé la joie de la réconciliation avec lui-même et avec Dieu ?
Éva Clapiès
« Moi, je sais que mon défenseur est vivant, et qu'en dernier, sur la poussière, il interviendra. » Job 19, 25