Moïse filmant son périple comme un influenceur, Goliath à une compétition d’haltérophilie, Judas dans un podcast : des vidéos générées par IA réactualisent les récits bibliques en adoptant les codes des réseaux sociaux, entre humour et stratégies de diffusion de la foi. Ce phénomène prolonge un ancrage historique ancien : comme les vitraux ou gravures médiévales, ces images rendent accessibles des épisodes fondateurs et remplissent une fonction d’édification, adaptée aux logiques virales actuelles. Elles révèlent toutefois un biais monothéiste marqué : les productions privilégient des représentations issues du christianisme occidental, avec des figures aux traits européens et des symboles comme la croix ou l’auréole, même pour des requêtes génériques. Ce déséquilibre s’explique à la fois par des données d’entraînement majoritairement occidentales et par l’histoire religieuse elle-même : le christianisme a développé une riche iconographie, tandis que le judaïsme et l’islam ont davantage limité la représentation du divin. Les dispositifs de censure intégrés aux IA renforcent ces orientations, prolongeant ainsi des héritages anciens sous des formes numériques.
Source : Le Monde des religions