Plus de 500 ans après la Réforme, faut-il reconsidérer la place des grandes figures protestantes ? Lors de l’assemblée du Désert à Mialet, qui commémorait les 250 ans de la mort de Marie Durand, plusieurs orateurs se sont interrogés : Est-elle une héroïne, une sainte ou une martyre ? Après la révocation de l’Édit de Nantes, elle a passé 38 ans enfermée dans la tour de Constance, à Aigues-Mortes, pour avoir refusé d’abjurer sa foi réformée. Sans trancher cette question, la pasteure Sandrine Maurot, dans sa prédication, a rapproché Marie Durand de Marie, mère du Christ, et des femmes qui résistent encore aujourd’hui. L’après-midi, l’universitaire Inès Kirchleger a évoqué la vie des prisonnières — travail artisanal et lecture — à partir des lettres de Marie Durand à sa nièce réfugiée en Suisse. L’historien Patrick Cabanel, rappelant que le mot « Résister », gravé par Marie Durand dans la tour, fut repris sous l’Occupation, a appelé à « la sortir de l’entre-soi huguenot ». Appelant à la « déshuguenotiser » et à la « panthéoniser », il l’a comparée à Adélaïde Hautval, déportée à Auschwitz pour avoir défendu des juifs. « Nous parlons abondamment des figures iconiques, de Luther à Martin Luther King, mais sans martyrologe ni hagiologie », a regretté le théologien Frédéric Chavel, en invitant à réfléchir à cet « interdit dans la pensée protestante », hérité de Luther au XVIe siècle. Il aurait pu citer aussi le pasteur résistant allemand Dietrich Bonhoeffer... Dommage cependant que cette rencontre, conclue chaque année par l’émouvante Cévenole, n’ouvre jamais le débat.
Yolande Baldeweck